Sophie LécuyerInfos : Démarche






Il arrive un moment où l’image échappe à son créateur et devient écran de projection aux fantasmes de tout un chacun. Loin d’être une frustration, c’est à cet endroit précis de réappropriation que réside la magie, le pouvoir de l’image, et c’est justement quand elle ne dit pas tout qu’elle prend toute sa force.

 

 

Poursuivant cette idée, j’aime jouer les funambules entre tendresse et cruauté, en équilibre sur le fil des faux-semblants. A travers l’image je m’attache à créer le trouble chez le spectateur. Les choses ne sont jamais dites de manière franche mais laissent plutôt la place à l’ambiguïté et à la poésie qu’il s’en dégage. Mon travail s’empreinte d’une fausse innocence pour créer une tension, et utilise ce potentiel du spectateur à se projeter, en proposant de la matière à son imagination.

Telles des énigmes, mes représentations sont alors des points de départ à des histoires dont on ne connaîtrait pas bien la fin, mais où tout reste possible, le meilleur comme le pire...

Mon inspiration émane alors des récits légendaires tels que les mythes, les contes. C’est une manière de dialoguer avec cet imaginaire collectif et de donner une portée symbolique à mon travail en même temps qu’intemporelle.

 

Parce que c’est aussi un espace de projection pour moi-même, le dessin se mue en une quête de vérité et d’identité intérieure. C’est instinctivement que mon univers se tourne vers celui de l’animal comme pour retrouver quelque chose de l’ordre de l’origine, d’une nature profonde oubliée de nos êtres. Les revivifier et les débarrasser de leur culture en retissant un lien exigu et viscéral avec la faune et la flore. Les corps se recroquevillent sur l’animal pour faire fusion et s’imprégner. Les personnages extirpent à la nature ce qui leur manquait pour se construire, parfois avec violence, "Parce qu’il faut que certaines choses meurent pour que d’autres naissent" (Olivier Tchang Tchong).

La représentation très présente de personnages féminins témoigne également de cette nécessité de me retrouver. Ces jeunes filles, toujours dans l’interstice entre deux mondes, celui de l’enfance et celui de l’adulte, de l’innocence et de la perversion, révèlent la complexité de mon rapport au corps féminin et le questionnement autour de l’être en mutation. Métamorphoses, chimères, personnages mi-hommes/mi-bêtes... Tout tourne autour de ces individus qui se cherchent et partent à la reconquête de leur liberté, comme un écho à l'acte de création qui m'anime.